29 mars 2017
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FN BAN

HAMA AMADOU : Entre impasse judiciaire et l’omerta de l’opposition

Mercredi 09 décembre 2015, la Cour de Cassation rejetait la demande de mise en liberté provisoire de Hama Amadou introduite par ses avocats. En juillet 2015, la Cour d’appel, avait renvoyé devant le tribunal hors classe de Niamey le dossier sur le trafic des bébés nigérians dans laquelle il est cité comme complice de sa femme, et ordonné le jugement au fond de cette affaire par le tribunal correctionnel. Dans le même temps, elle rejeta la requête en annulation du mandat d’arrêt national décerné à son encontre.

 

Chacun de ces trois revers judiciaires, a eu l’effet d’un coup d’assommoir sur Hama et ses partisans, qui commencent à perdre l’espoir de triompher aux prochaines élections présidentielles que le pays s’apprête à organiser dans moins de dix semaines. Ces échecs ont malheureusement été aggravés par une sorte d’omerta observée ces derniers jours dans les rangs de l’opposition ARDR. Ce qui fait dire à certains que l’opposition est en train d’abandonner Hama Amadou seul face à son sort.


Le refus d’accorder une liberté provisoire à Hama Amadou a fait tilt dans l’esprit de ses partisans dont certains s’accordent à dire que les revers judiciaires qu’ils ont essuyés sont révélateurs de l’inefficacité de la stratégie de défense mise en avant dès au départ par les avocats de la défense. Est ce le fait de la procédure ou l’inefficacité des moyens de défense ? Pourtant, en soulevant une exception relative à l’incompétence du juge pénal, les avocats de Hama Amadou avaient trouvé une parade au gré de laquelle ils ont réussi un temps soit peu à maintenir le ministère public (qui poursuit) dans l’expectative. Il a fallu la décision de la cour d’appel de juillet 2015 pour que le suspens cesse. Sauf que ce dédale judiciaire a eu pour conséquence le retardement du jugement au fond du dossier. Alors, la question qu’il faut se poser aujourd’hui est de savoir si dès au départ le jugement au fond arrangeait-il Hama Amadou ? Ce dont on est sûr, c’est que n’eut été cette exception soulevée comme moyen de défense, le jugement au fond allait débuter dès janvier 2015.


A supposer même que cette exception n’ait pas été soulevée et dans l’hypothèse où le jugement au fond avait eu lieu en janvier passé, pour que sa candidature soit rejetée, il faut pour cela qu’une condamnation soit prononcée à son encontre et toutes les voies de recours aient épuisées. En raison de la complexité de l’affaire, la décision ne serait pas devenue définitive à ce jour. Ce qui ne constituerait pas donc de blocage à son projet de candidature pour briguer le fauteuil présidentiel. Les avocats n’ont pas aussi eu tort en optant pour la procédure contraire, celle de bloquer le jugement au fond. En vérité, les partisans de Hama Amadou craignaient à l’époque que celui-ci soit condamné et que toutes les voies de recours soient épuisées avant la fin de l’année. Toute chose qui finirait par contrarier leur rêve de le voir se présenter aux présidentielles de 2016.


L’un dans l’autre, il faut dire que l’épilogue de l’affaire sur le trafic des bébés n’est pas pour demain. A la date d’aujourd’hui, pour ne pas dire à quelque quatre semaines de la date de clôture de dépôt de candidatures aux présidentielles de 2016, nul ne connait exactement le début de jugement de ce dossier par le tribunal correctionnel. A vrai dire, Hama Amadou est dans un cul-de-sac. Pas de perspectives sur le plan judiciaire, encore moins sur le plan politique. Même le soutien de l’opposition, auquel il s’attend, se fait de plus en plus rare. Certains observateurs de la scène politique vont jusqu’à dire que Hama est aujourd’hui abandonné à son sort.


En effet, le cas Hama Amadou a cessé d’être une préoccupation pour les leaders de l’opposition, qui s’étaient pourtant montrés intraitables un moment dans le cadre de cette affaire, en ayant des mots durs vis-à-vis du régime en place. Ce retournement de situation, a amené certains proches de Hama à parler d’omerta dans les rangs de l’opposition. Il est vrai que la fièvre électorale a fait en sorte que les partis politiques et leurs leaders ont tous l’esprit tourné vers les compétitions électorales. Ce qui pousse une certaine opinion à croire que l’Alliance pour la réconciliation, la démocratie et la république (ARDR), groupement des partis politiques de l’opposition, a plutôt lâché Hama Amadou pour faire face à ses propagandes électorales.


Les leaders de l’opposition font plus de la fixation sur l’audit du fichier électoral qu’à s’occuper de leur allié comme Hama, relève-t-on dans beaucoup de commentaires. C’est vrai qu’on entend rarement, le porte-parole de l’ARDR Seïni Salatou se pencher sur le cas du président du Moden FA Lumana, comme ce fut le cas par le passé, où il passait le clair de son temps à tonitruer. Premier élément qui fait donc penser à une omerta de la part de l’opposition ARDR.


Toutefois, il n’est pas rare d’entendre d’autres opposants expliquer que l’affaire pour laquelle Hama est arrêté exige plus de retenue à l’heure actuelle, du fait que le dossier est entre les mains de la justice. Ce que refusent de comprendre les partisans de Hama Amadou qui assimilent le processus ayant conduit à son arrestation aux velléités du régime en place visant à invalider la candidature de leur leader. Selon ces derniers, le fait pour l’ARDR d’observer une omerta et se cacher derrière un argument très léger, n’est ni plus ni moins qu’un aveu de faiblesse.