29 mars 2017
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Phénomène de la migration au Niger: Entre espoirs et désespoirs

A l’instar de plusieurs pays du monde, le Niger n’est pas épargné par le phénomène de la migration.

Chaque jour, les candidats venus d’horizons diverses se bousculent à la frontière nord du Niger, principalement dans les deux grandes villes à savoir Agadez et Arlit. Parmi les jeunes attirés par le Maghreb et l’Europe, des Nigériens du Sud. En octobre 2013, 92 migrants meurent dans le désert nigérien lors de la traversée en direction de l’Algérie. En majorité, les victimes sont ressortissantes du département de Kantché. Depuis lors, Kantché est sur toutes les lèvres.

 

Pour en savoir plus sur le phénomène de la migration, ses causes et ses conséquences, nous avons recueilli sur place, c'est-à-dire à Kantché les témoignages de ceux qui sont partis et revenus.


Abdoulaye Mamane dit Barbidou, 33 ans


 « Je suis un ancien migrant.  Avant de me porter candidat à l’immigration,  je faisais mon petit commerce entre Niger et Lagos et j’arrivais à gagner ma vie. Car j’arrivais à subvenir à mes besoins et aussi ceux de ma famille. Sous l’influence de mes amis se trouvant en Algérie qui ramenaient, à chacun de leur retour, de l’argent et des belles choses, je me suis décidé de partir également.  J’ai embarqué pour l’Algérie avec toutes mes économies, environ 100 000FCFA alors que cet argent me suffit pour subvenir à mes besoins ici au pays et à faire prospéré mon petit commerce. Une fois à Alger je me sui  rendu compte que la réalité est toute autre. Je n’avais pas pu trouver de travail.  Le comble, la majorité de mes amis qui s’y trouvait était des voleurs. Les femmes et les enfants pratiquent la mendicité pour survivre tandis que les plus futées  s’adonnent à la prostitution. Au bout d’un mois, j’ai eu envie de revenir et je suis rentré à la maison, complètement désillusionné. J’ai beaucoup regretté mon départ et je dissuade les candidats à la migration à rester dans leurs pays’’ »


Ousseiba Elhadji Malam, 47 ans, veuve  


« Je vivais à Arlit avec mes enfants où je travaillais comme domestique. Après la mort du mari de ma fille,  je l’ai poussée à aller en Algérie, car je n’avais pas les moyens suffisants pour subvenir aux besoins de mes 12 personnes à ma charge (mes 10 enfants et mes 2 petits fils). Je n’avais ni champ ni maison. J’avais proposé à ma fille d’aller à Alger dans l’espoir qu’elle pouvait s’en sortir et m’aider dans la charge des enfants. Mais quand j’ai appris que la réalité est loin de ce que je me suis imaginé, je l’ai encouragée à revenir ».


Sarey, fille d’Ousseiba Elhadji Malam , 23 ans


« Là-bas, je vivais de la mendicité et je dormais sous un pont comme bon nombre de migrants. Au bout de quatre mois, je suis revenu au pays suite aux échos du rapatriement qui va avoir lieu. Sur le chemin de retour, nous n’avons rencontré aucun problème à part le vol de nos affaires. Au regard de conditions de vie misérable, je ne compte plus y  retourner. Et j’appel tous les candidats à la migration de rester et travailler chez eux ! »


Harouna Moutari, 27 ans


« Comme la majorité des jeunes, je faisais mon commerce entre Cotonou, Lagos. Mais par la suite, j’ai décidé de me rendre à Alger pour rejoindre quelques amis et parents. J’ai eu la chance de travailler en tant que maçon. En fait pour le travail on n’a pas beaucoup de choix à faire. Les seuls travaux qu’un homme puisse avoir, c’est la maçonnerie ou le gardiennage. Il n’est pas facile de trouver un emploi là-bas! J’ai fait la maçonnerie pendant 10 Jours mais je suis revenu au bout de 4 semaines pour cause de maladie. Mon retour a été pris en charge par le frère de ma mère et des amis qui gardent des boutiques à Alger depuis plus de 3 ans. Si je ne trouve pas un travail ici, je retournerais dès que possible.»


Pourquoi Kantché ? Les explications du chef de canton


Situé dans le département qui porte son nom, le canton de Kantché (région de Zinder) couvre une superficie de 147.000 Km². Il comprend 9 communes. Sa population est estimée à 56.463 habitants. Pourquoi quand on parle de migration au Niger, Kantché est cité comme référence. Les explications du Chef de Canton Tintouma Abdoul Kader Amadou Issa : « le phénomène de la migration était bien connu dans la zone car les jeunes partent souvent au Nigeria voisin après la récolte pour travailler et aussi dans la zone d’Arlit pour travailler dans les usines d’uranium. Mais depuis quelques années, l’exode pousse les jeunes vers les pays du Maghreb. Ce changement de direction est lié à l’insécurité au Nigeria qui fait que les candidats à l’immigration changent de destination pour se rendre en Libye ou en Algérie. Le plus inquiétant, c’est la migration des femmes. En effet, beaucoup de femmes se rendant à Arlit et exerçant comme travailleurs domestiques s’orientent désormais vers l’Algérie et la Libye. La cause principale de ce phénomène est liée à sa démographie et la densité de la zone et précise. Les localités les plus touchées par le phénomène de la migration sont celles qui ont des terres devenues infertiles. C’est donc la précarité qui pousse les hommes et les femmes à aller en exode. Les localités vulnérables de notre canton sont : Saouni et Kourni. Pour enrager le phénomène de la migration, il faut des actions, créer par exemple des emplois aux jeunes et des activités génératrices de revenus pour les femmes.  

 

Isamael Tilly, de retour de Kantché