VIOLENCE CAMPUS

« kouri », « Jini » ou du sang en français, c’est ce qu’on pouvait voir sur le corps et visages d’une quinzaine d’étudiants de l’Université Abdou de Niamey, évacués aux services des urgences du Centre Hospitalier Universitaire ce mercredi 18 avril 2018. Cette scène fait suite à une manifestation pacifique violemment réprimée par les forces de l’ordre qui ont pourchassé les étudiants dans tous les coins et recoins du campus. C’est un secret de polichinelle, au Niger, le pouvoir a choisi depuis plus d’une année la méthode forte pour diriger le pays, du coup un véritable climat de terreur règne actuellement sur le pays.

On dénombre jusqu’au coucher du soleil quelque trois blessés graves qui auraient tous reçus sur des parties sensibles de leurs corps des éclats du gaz lacrymogène, selon des témoins sur place. Ces scènes horribles ont été filmées et diffusées sur les réseaux sociaux et rappellent celles de l’année dernière et, presque à la même date, à la suite desquelles il y a eu mort d’homme. Depuis lors le campus de l’Université de Niamey et la vie des étudiants n’ont cessé d’être mouvementés.

S’agissant de la manifestation de ce matin, il faut dire qu’elle est surtout occasionnée par les récentes mesures prises par les autorités rectorales de concert avec le pouvoir en place au Niger, afin d’exclure certains étudiants considérés comme des complices dans l’agression dont aurait fait l’objet un enseignant chercheur. Les faits remontent à plus d’un mois. Suite à ces exclusions en série, les étudiants n’ont cessé d’observer des mots d’ordre de grève pour exiger la réhabilitation de leurs camarades.

Parlant de cette situation qui prévaut à l’Université et qui y a paralysé du coup toutes les activités académiques, le Chef de l’Etat Issoufou a dans une interview accordée à une chaîne locale affirmé que « l’autorité de l’Etat va régner sur le campus ». Comme on le voit, avec ce qui vient de se passer ce mercredi l’on n’est très loin d’une accalmie au niveau de cette université et, si c’est de cette façon que le président Issoufou compte restaurer ce qu’il qualifie « d’autorité de l’Etat », son régime aura fort à faire et réprimerait dans le sang les autres manifestations à venir des étudiants nigériens.

Il faut dire que cette méthode barbare, qui consiste à recourir aux violences policières accompagnées de jet du gaz lacrymogène, est rentrée depuis plus d’une année dans les mœurs des hauts responsables du pays qui ont sans nul doute choisi de diriger désormais le pays de mains de fer. Les 25 mars et 15 avril derniers, ce par ce même procédé violent que les manifestations des défenseurs des droits de l’Homme ont été réprimées à Niamey. Notons que l’usage du gaz lacrymogène présente les mêmes risques qu’une arme chimique. Ses effets peuvent altérer certains organes humains tels que le poumon, le cerveau, les yeux, etc.

Défenseurs des droits de l’Homme, journalistes, opposants politiques sont régulièrement arrêtés et embastillés pour avoir simplement dénoncer les travers du régime en place, qui sont entre autres les pratiques corruptives, le népotisme, l’injustice, etc. Néanmoins, une bonne partie des responsables politiques du pays, les leaders syndicaux ainsi que la communauté internationale préfèrent ne rien dire. Une attitude qui confirme ainsi leur allégeance à un régime qui veut à tout prix imposer la dictature au Niger.

Comment pouvait-il en être autrement quand un homme d’Etat de rang d’Emmanuel Macron, président d’un pays des droits de l’Homme, affirme à qui veut l’entendre que son homologue nigérien est un « modèle pour la démocratie », alors même que depuis deux ans, le régime n’a cessé de vandaliser la démocratie, opposant la répression à toutes les revendications légitimes et légales.

En bon défenseur des intérêts de la France, le président français a joué le rôle de porte-parole de cette communauté de destin à laquelle son pays appartient. Tout porte à croire que cette communauté internationale a conclu un vrai pacte de « non-ingérence politique » avec l’homme fort du Niger qui lui a accordé toutes les largesses et au tour de celle-ci de fermer les yeux même face aux graves violations des droits de l’Homme entre autres.